Rencontre avec des "Résistants pour la terre"
Compte-rendu du point presse organisé lors de la sortie de Résistants pour la Terre, en présence des auteurs Sébastien Viaud et Anne Gouyon, Maximilien Rouer, et quatre des lauréats du Prix Goldman, équivalent du Nobel de l'environnement :


Auteur de la préface du livre, Président de BeCitizen et membre de l’autorité gouvernementale du Conseil général de l’environnement et du développement durable, Maximilien Rouer rappelle que les initiatives en faveur de l’environnement sont encore trop peu nombreuses. Bien que les projets soient souvent intéressants, ils s’essoufflent avant de se concrétiser. Selon lui, Sébastien Viaud s’est distingué en allant jusqu’au bout de son engagement : partir à la rencontre de ces femmes et ces hommes qui luttent au quotidien, souvent au péril de leur vie, pour préserver la vie et défendre l’environnement.


Sébastien prend ensuite la parole pour évoquer la genèse de son projet : en tant qu’enseignant, il a été confronté aux interrogations des ses élèves sur la dégradation des ressources de la planète et les possibilités d’agir pour préserver l’environnement. Pour y répondre, il a décidé d’aller voir lui-même les individus qui traduisent ces questionnements en actes : les lauréats du prix Goldman, équivalent du Prix Nobel pour l’environnement.

Partager quelques jours de la vie de ces « héros de l’environnement » a provoqué chez Sébastien un « changement radical dans sa lecture du monde ». Il avoue avoir eu de « grandes bouffées d’optimisme » et d’admiration devant la capacité de ces femmes et ces hommes à garder leur humanité face à des situations aussi graves. Il avoue aussi s’être senti en danger, notamment en Somalie aux côtés de Fatima Jibrell, où la protection de gardes armés leur a été nécessaire pour traverser le pays.

Une expérience humaine qui l’a sorti grandi et convaincu que « la lutte est ce qui donne du sens à la vie ». C’est pourquoi il a décidé de rendre hommage à ces « Résistants pour la Terre » en donnant « un coup d’éclairage sur une situation qui ne devrait pas exister ». En récoltant leurs expériences, en les transmettant, Sébastien veut montrer que chacun, s’il le décide, peut agir pour l’avenir de la planète.


Anne Gouyon se souvient avoir été « emportée » par le projet de Sébastien, et particulièrement émue d’apprendre la vérité sur le site de Bhopal en Inde, 25 ans après la tragédie. Elle souligne l’étymologie du mot émotion : « mettre en mouvement », et évoque la nécessité de se mettre en mouvement en réhabilitant l’action collective… une nécessité peu à peu oubliée dans nos sociétés. Anne termine son intervention en disant que la volonté de Viatao, en tant qu’éditeur du livre Résistants pour la Terre et aussi de manière générale, est de favoriser la rencontre des populations, de l’environnement et de l’écotourisme dans des applications durables, qui créent de véritables liens entre les continents et les hommes.


Puis c’est au tour des lauréats de prendre la parole :
  • Christine Jean (France), Prix Goldman 1992. Biologiste et spécialiste en hydrologie fluviale, elle a mené un combat contre des projets de barrage et d’aménagement qui menaçaient l’estuaire de la Loire.
Christine rappelle que la Loire c’est :
- 1/5ème du territoire national
- L’un des derniers fleuves à caractère naturel en Europe,
- Le lieu de passage des derniers saumons sauvages d’Atlantique.

Au regard de son expérience en tant que coordinatrice du comité « Loire vivante », Christine témoigne qu’il est « difficile de gagner des batailles écologiques en France » alors qu’on pourrait penser que c’est plus facile qu’ailleurs.


  • Eugène Rutagarama (Rwanda), Prix Goldman 2001. Biologiste, Eugène milite pour sauvegarder les derniers gorilles de montagne en tant que directeur de l’IGPC (International Gorilla Conservation Program). 
C’est au Rwanda, dans l’une des zones les plus conflictuelles d’Afrique qu’Eugène a su redonner vie au système des Parcs nationaux et défendre l’espèce hautement menacée des gorilles de montagne. C’est à force de détermination qu’Eugène a réussi à convaincre la population locale, le gouvernement et les militaires de la nécessité écologique et économique des parcs.

Malgré les épreuves et les attaques de milices ou de braconniers, Eugène a fédéré tous les agents des parcs et développé une nouvelle activité pour les populations locales : l’écotourisme. Cela permet de financer le fonctionnement du parc et de réinvestir dans la préservation des espèces.


Prochaine étape : «  La réalisation d’études sur l’impact des changements climatiques sur les espèces ». Un phénomène qui s’aggrave, en témoigne les récents incendies au Rwanda : « Cet événement a donné lieu à une mobilisation de toutes les populations alentours ». Selon Eugène, il y a une « conscientisation » progressive des populations, qui présage de bonnes choses pour l’avenir.

Voir extrait vidéo sur Eugène Rutagarama tiré du film Gold Men, Résistants pour la terre  (Production Kanari Films)

  • Rasheeda Bee et Champa Devi Shukla (Inde), Prix Goldman 2004. Ouvrières devenues syndicalistes, fondatrices et co-présidentes de l’association Chingari Trust, ces deux femmes militent pour les droits des victimes de la catastrophe de Bhopal en Inde. 
Rappelons-nous : le 3 décembre 1984, il y a tout juste 25 ans, l’usine américaine de pesticides Union Carbide implantée à Bhopal laisse échapper 40 tonnes de gaz mortel, provoquant la mort de 20 000 morts et plus de 350 000 blessés en 3 jours.

Rasheeda Bee témoigne que dans les jours qui ont suivi, le gouvernement Indien est resté totalement passif. Plus tard, il y a bien eu un procès contre la compagnie américaine, mais la bureaucratie Indienne a gardé la quasi-totalité des 470 millions de dollars d’indemnités versée par Union Carbide.

En 2001, Dow Chemicals rachète la compagnie Union Carbide, mais refuse d’endosser la responsabilité des 5 000 tonnes de déchets toxiques que cette dernière a enterrés dans le sol. 

Aujourd’hui, le site de Bhopal n’a toujours pas été décontaminé et les déchets toxiques continuent de faire des victimes. Au total, ce sont 30 000 personnes exposées quotidiennement à un environnement contaminé par des résidus mortels. Dans la région, nombreux sont les cancers, pathologies respiratoires, les problèmes d’hypertension, de diabète et les maladies de peaux, tandis que des dizaines d’enfants naissent avec des malformations et des problèmes congénitaux.

C’est pour eux que se battent Rasheeda Bee et Champa Devi Shukla, et « pour qu’une telle catastrophe ne se reproduise jamais nulle part ».

« Nous sommes unies sur quatre fronts, dit Rasheeda, nous luttons contre le gouvernement local, contre le gouvernement Indien (qui soutient les compagnies industrielles), contre les compagnies industrielles et contre le gouvernement des Etats-Unis. »

En 2004, avec les 150 000 dollars du Prix Goldman, Rasheeda Bee et Champa Devi Shukla ont fondé l’association Chingari Trust afin de venir en aide aux victimes et soulager leurs souffrances. Aujourd’hui, les employés et les bénévoles de Chingari Trust soignent et éduquent près de 300 enfants, pour certains abandonnés par leurs parents.

Voir extrait vidéo sur Rasheeda Bee et Champa Devi Shukla tiré du film Gold Men, Résistants pour la terre (Production Kanari Films)

Le prix Goldman, ça apporte quoi concrètement ?

Pour Christine, le prix Goldman est arrivé alors que le combat était déjà bien enclenché, mais il a permis de renforcer sa légitimité auprès des élus. 

Grâce au prix Goldman, Eugène a pu créer une association au bénéfice des agents des parcs et de leurs veuves.

Quant à Rasheeda et Champa Devi, le prix Goldman les a aidées à mieux faire connaître leur lutte, leur légitimité et à faire reconnaître aux gouvernements leur responsabilité dans la catastrophe. Elles ont pu créer leur association Chingari Trust, et mettre en place un prix annuel qui récompense d’autres Indiennes qui se battent contre les crimes de sociétés.


Plus d'infos sur le projet Résistants pour la Terre :

Le livre

  Le site du film : www.goldmenlefilm.fr

  Le site de l'association : « Résistants pour la terre » créée par Sébastien afin de continuer à soutenir les lauréats.