Dessine moi... un avion écolo.

 
"Des avions ultra-légers qui carburent aux algues... des planeurs silencieux ornés de panneaux solaires, traversant les continents... J'en ai rêvé, Airbus et Boeing le feront-ils un jour ? Nouvelles de la planète avion-écolo, des ennemis bien difficiles à réconcilier.

- Comment, tu prends encore l'avion ? Tu n'as pas honte ? Et la planète,
alors ?"


C'est entendu, prendre l'avion en 2008, ce n'est pas très "tourisme responsable". Le transport aérien représente 4% des émissions de gaz à effet de serre, et un seul Paris-New York aller-retour représente 700 kg d'équivalent carbone émis dans l'atmosphère, alors que chaque Terrien devrait en émettre 500 kg maximum pour stopper la progression du changement climatique. Ajoutons-y les nuisances sonores, les oiseaux grillés dans les moteurs des jets, et les pluies acides liées aux polluants... alors, haro sur l'avion ? Pas si simple.

L'avion à bon marché, c'est aussi la démocratisation du voyage, des échanges, une forme de liberté. Allez dire aux millions de Chinois qui rêvent de visiter Versailles de ne pas prendre l'avion... Et de Singapour à Bombay, les grues tournent pour fabriquer les aéroports "low-cost" de demain. Les fabriquants d'avion ont pris note du dilemme. Ils savent bien que leurs clients font face à la hausse du prix du pétrole et du coût des émissions de gaz à effet de serre, d'autant plus que l'Union Européenne prévoit d'assujettir l'aviation aux quotas d'émissions de CO2 dès 2011. La contrainte étant mère de la créativité, Airbus, Boeing et la sphère de leurs fournisseurs cherchent des réponses.

Première piste, des avions plus efficaces. Par exemple, l'A380. Parce qu'il peut emporter jusqu'à 850 passagers et parce qu'il bénéficie des dernières prouesses technologiques, ce géant de 80 m de long nous promet une consommation de "seulement" 3 litres de kérozène au 100 km/passager. Soit, ce que vous consommeriez tout seul dans une Citroën C1. Seulement voilà, peu de chance que vous parcouriez 15000 km dans votre C1... le problème de l'avion, ce n'est pas seulement les émissions de gaz à effet de serre au km, mais bien les km parcourus. Il n'en reste pas moins que les nouveaux avions sont environ 30% plus efficaces que les précédents : c'est déjà ça.

Deuxième piste : les nouveaux matériaux. Boeing reprend l'avantage avec son B787, annoncé pour 2008, plus léger grâce à plus de 50% de fibre de carbone dans son fuselage... comme son concurrent l'A350, hélas très en retard. Là encore, des économies de carburant de l'ordre de 20% sont attendues.

Troisième piste : les nouveaux carburants. Airbus reprend l'avantage en étant le premier à avoir fait voler, le 31 janvier, un avion au gaz naturel liquéfié. Les émissions de CO2 restent hélas les mêmes, mais celles de soufre et d'oxyde d'azote sont réduites.

Mais l'avenir, ce sont bien sûr les biocarburants. Allons-nous pour autant voler avec du maïs volé, c'est le cas de le dire, aux estomacs des Mexicains ? Ce n'est pas une bonne idée. Mais en testant l'incorporation d'agrocarburants au kérosène, Boeing et Airbus ouvrent la voie à l'utilisation d'autres biocarburants dits de "deuxième" ou "troisième" génération, produits par exemple à partir de micro-algues ou de jatropha, un buisson que l'on peut cultiv
avion solaire - source : ESA
er dans les déserts. Ils pourraient valoriser des surfaces non dédiées à l'agriculture aujourd'hui.

Dernière piste, cantonnée à la recherche pour le moment : les avions solaires... Testé par l'Agence Spatiale Européenne en partenariat avec Dassault et Altran, le SolarImpulse mesure 70 mètres d'envergure, et n'embarque que son conducteur. On est loin du tourisme de masse. Mais ce planeur futuriste a déjà fait 5500 km et devrait démarrer son tour du monde prochainement.

Bon d'accord, tout cela fait un peu science-fiction. Mais après tout, le rêve d'Icare, pendant longtemp, a paru inaccessible. Alors qui sait ce que, demain, de nouveaux rêveurs sauront faire ?

Par Anne Gouyon. En savoir plus : www.reparerlaplanete.com