Un voyage original sur la diagonale du vide
Bonjour Mathieu, peux-tu nous présenter ton projet « Diagonale du vide » en quelques mots ?

La diagonale du vide est un voyage original à travers la France des campagnes. Pendant un an, je vais partir à la rencontre des gens qui ont choisi de vivre loin des villes, qui s’y sentent bien et qui font bouger leur territoire. Et je vais expérimenter cet immense terrain de jeu qu’est la France en voyageant en mode « slow tourisme ».

Comment as-tu eu cette idée ?

L’idée remonte à 2002. Je reviens de mon tour du monde à vélo. 18 mois à travers l’Asie, l’Amérique et l’Afrique pour enregistrer les musiques du monde. Le voyage bouscule mes repères. Et puis on ne cesse de me faire cette remarque : « mais pourquoi venir chez nous alors que tu habites le plus beau pays du monde ? ».

Je rentre avec une curiosité insatiable et l’envie de découvrir la France de la même manière. Voyager chez moi comme le ferait un étranger. Mais les conditions budget et météo ne s’y prêtent pas vraiment et je suis fatigué. Je remets le projet à plus tard.

Je continue à voyager beaucoup comme rédacteur de guides de voyage. Je découvre le rythme affolant du métier. Couvrir le terrain, tout voir, et pas une minute à consacrer aux gens. Je me rends compte que pour moi, ce qui compte dans le voyage, c’est la rencontre.

Et puis je mets le doigt sur une incohérence : tout le monde dit « le voyage est un état d‘esprit », « le voyage commence en bas de chez soi », … Et tout le monde part à l’autre bout du monde !

J’aime bien me balader en dehors des sentiers battus et je me dis que c’est en France que ça se passe ! Je fais des recherches pour dénicher un itinéraire qui me permettrait de faire un voyage « exotique » en France. Et je tombe sur la diagonale du vide sur un site institutionnel ! Je tiens mon itinéraire.



Qu’espères-tu découvrir pendant ce voyage ?

D’abord, j’aimerais bien vérifier cette hypothèse : peut-on faire un voyage exotique dans son propre pays ? C’est le défi de ce voyage. Je pars comme je partirai pour une expédition au Mali : sac à dos, tente, réchaud, budget mini… Sauf que je serai dans les Ardennes, la Creuse ou la Lozère...

Ensuite, j’ai envie de découvrir la beauté et la diversité de nos paysages. J’ai vécu à Paris 10 ans et la nature m’a beaucoup, beaucoup manqué ! Ça va être une très belle immersion de pouvoir sillonner les petits chemins sur 1500 km. Je suis photographe et je vais avoir du temps pour m’émerveiller.

Et puis j’ai envie de rencontrer des gens qui ont fait le choix d’un lieu et qui s’y sentent bien. J’aimerais aller au delà du discours convenu selon lequel il n’y aurait que des paysans au bord du suicide et des retraités qui votent FN dans les campagnes françaises.

C’est vrai qu’il y en a. Mais je crois aussi que les campagnes sont des espaces en mutation et qu’elles sont aux avant-postes des changements qu’on est en train de vivre. Faute de moyens, elles sont obligées d’innover. Elles fourmillent d’acteurs qui réinventent les manières de produire, de consommer, de se déplacer, de vivre ensemble... J’ai envie de rencontrer ces acteurs et de les mettre en lumière. Ça s’annonce passionnant.



Comment va se dérouler le voyage ?

Je pars des Ardennes le 11 mai pour un an de voyage à pied. Direction le Pays basque. Quatre saisons pour découvrir la France sous quatre visages différents, et trois semaines dans chaque département. J’avancerai principalement à pied. Je ferai aussi un peu de vélo là où le relief n’est pas trop exigeant et du canoë pour profiter des voies navigables.

Plusieurs voyageurs viendront me rejoindre en cours de route. Ils apporteront dans leur sac à dos leur talent spécifique et un regard différent. Il y aura des photographes à l’œil aiguisé (Julien et Philippe), de jolies plumes (Aline, Étienne et Aurélie), des voyageurs tout feu tout flamme (Anne et Laurent), des vidéastes (Anne et Florian)… Ils permettront aussi de donner au projet plus d’ampleur, de toucher un public plus large.

L’itinéraire est dicté principalement par les personnes que je souhaite rencontrer et dont je ferai le portrait. À raison de dix-huit départements et de deux portraits par département, cela fera à la fin du voyage trente-six portraits, tous différents : des paysans et des artistes, des hackers et des gardes forestiers, des activistes et des politiques…

Ces portraits sont le cœur même du projet. Ensemble, ils incarneront la diagonale du vide. Moi je serai le trait d’union qui les reliera.

Je crois que nos lecteurs peuvent suivre et soutenir le projet, comment ça se passe ?

Oui, j’aimerais partager le voyage au fur et à mesure. Je raconterai le quotidien sur mon blog, à raison d’un billet par semaine et par petites touches en live sur les réseaux sociaux.

Pour réaliser les portraits, publiés eux aussi au fil du voyage, j’ai lancé une campagne de financement participatif sur la plateforme Kisskissbankbank. Les fonds récoltés serviront principalement à financer le travail de montage qui est un gros morceau.

Jusqu’ici, il y a une belle énergie autour du projet. Les gens nous soutiennent mais il y a encore du chemin pour réunir les 7000 euros nécessaires. Toutes les participations sont les bienvenues ! Pour tout savoir sur l’itinéraire, les personnages rencontrés et pour soutenir la démarche, rendez-vous sur la page kisskissbankbank dédiée au projet la diagonale du vide.